Color Fields /
La série 200 jours d’eau m’a amenée à commander entre autres papiers un indigo, mais ses longues stries blanches imposaient d’emblée une orientation au dessin, ce qui me gênait. J’ai commencé à le teindre pour masquer ces stries, en utilisant des pigments bleus rapportés de Jaïpur en 2022 et qui dormaient depuis à l’atelier.
Chaque bain donne des résultats différents, on peut composer à l’infini en mélangeant les colorants et les papiers.
Une fois les feuilles sèches et les pigments fixés, s’ouvre un travail de composition pure.
Le regard est souvent invité à s’approcher très près, à se laisser absorber par les champs chromatiques et leurs vibrations.
## COLOR FIELDS
Le Color Field painting est un courant de la peinture abstraite apparu aux États‑Unis dans les années 1940–1960, dans le sillage de l’expressionnisme abstrait, mais en réaction à la gestualité « explosive » de Pollock ou de Kooning. Les artistes Color Field recherchaient des grandes étendues de couleur pure, souvent très simples (bandes, rectangles, champs flous), pour créer une expérience contemplative, presque immersive. L’idée était que la couleur seule (sa dimension, sa saturation, ses rapports avec les autres couleurs) suffisait à produire une émotion forte.
Parmi les figures majeures de ce courant : Mark Rothko, Barnett Newman, Clyfford Still, Helen Frankenthaler, Morris Louis, Kenneth Noland, Jules Olitski…
J’ai eu envie de rapprocher mon travail actuel de ce courant artistique en raison de la présence très affirmée d’une teinte dominante – au départ le bleu – qui s’impose immédiatement au regard. Ce lien ne m’était pas apparu au début, lorsque je travaillais sur des formats plus intimes. Il s’est précisé à l’assemblage de cette « grande cabane » (184 × 170 cm). En y travaillant, l’hypothèse de formats monumentaux m’a semblé tout à fait envisageable.
Le parallèle avec le Color Field s’arrête là : je montre volontiers la matérialité du papier, la présence presque brute des pigments, les accidents de surface, loin des aplats lisses que l’on associe souvent aux toiles de ce mouvement.
J’ai néanmoins souhaité conserver ce titre, parce qu’il rend bien l’idée de cx « champs de couleurs » et qu’il correspond à mes intentions : ce projet a vocation à s’enrichir au fil de mes déplacements, en intégrant une palette nourrie par les paysages traversés.
