Qui se souvient des bretonnes en coiffes du haut de la rue St Guillaume à St Brieuc? Elles y vendaient des napperons sur des tables de marché. J’aimais bien venir les voir étant enfant.
Plus tard, à partir de 2011, la rencontre avec la poète Paule-Elisabeth Oddero m’a ramenée vers cette technique car je voulais produire des pièces aussi délicates que sa poésie. Je me suis tournée tout naturellement vers le coton très fin .
J’ai crocheté durant quinze ans, avec d’abord les cocons de papier de soie (Lucioles), puis pour Pêcheries ces formes en volumes qui emprutent leurs fonctions aux nasses de pêche : capturer, contenir, retenir — mais dans une matière et une échelle qui inversent tout : la fragilité devient masse, l’intime devient monumental, le féminin occupe l’espace du travail masculin.
Il y a aussi, dans ce geste, une idée de recyclage qui m’est chère. Les grandes pièces en volume ont souvent été crochetées autour d’une nappe chinée ou offerte — je la prolongeais, lui donnais une seconde existence.
Sortir le napperon du placard, lui donner une échelle, une présence qu’on ne lui accorde plus, me plaisais aussi.
Le napperon, la dentelle, le crochet ont en effet longtemps été relégués aux arts dits mineurs, aux savoir-faire domestiques, à un temps de femmes jugé sans valeur artistique.
Je l’ai montré dans des endroits très divers : au festival du lin en Normandie, à la Manufacture de Roubaix, sur l’Aiguille en Fête à Paris, au Musée des Coiffes et de la Dentelle au Pont-de-Cé près d’Angers, à Reviers en Normandie., pour les plus connus.
MERCI à DMC FRANCE qui a sponsorisé ce travail en me fournissant son fil Babylo.
