Au sujet de ma collaboration avec Paule-Elisabeth-Oddero


J’ai rencontré Paule-Elisabeth en 2011 durant un parcours d’artistes « Artistes à Suivre » (Haute vallée de l’Aude, dans le pays cathare)

J’exposais des peintures dans une grange et à mon habitude j’avais aussi apporté des volumes ( en l’occurrence des oiseaux en papier de soie)

Elle est venue jusqu’à cette grange où j’exposais et nous avons parlé assez longuement de mes projets à venir. J’avais en préparation pour le mois de septembre une installation aux Arts Papiers de Nantes (Manufactures des Tabacs, ARTEVA) d’une aile géante d’oiseau.

Elle m’a proposé de me faire parvenir un recueil de poèmes qu’elle venait d’écrire à ce sujet. J’ai accepté par politesse … Puis je suis « tombée dans sa poésie » dès la première lecture !

Cela parlait de nature et de ciels, de racines et d’arbres, de printemps et d’hivers dortoirs etc. … Je ne comprenais pas tout mais j’entendais les piaillements des oiseaux, je voyais les meules des champs, je ressentais une délicatesse inouïe dans les mots de Paule-Elisabeth.

LES OISEAUX

J’ai tout de suite eu envie de travailler sur ses poèmes et j’ai profité, en juillet 2011, d’une résidence de travail aux caves voutées de la Charité de Carpentras, pour produire mon aile géante et réaliser des peintures à l’huile et à l’encre.

Je voulais rendre un travail aussi délicat que le sien.

 

Diaporama Caves voutées de la Charité – Carpentras – 2011

Je lui ai montré mes travaux, elle est venue voir l’expo de Nantes, nous nous sommes revues.

J’avais pris beaucoup de plaisir à travailler sur ses poèmes, mais je ressentais aussi une sorte d’emprisonnement dans sa poésie : j’avais tendance à illustrer ses propos, je manquais de liberté.

Nous avons pris la décision de travailler autour d’un mot, elle partirait sur de nouveaux poèmes, et moi sur de nouvelles œuvres plastiques. Elisabeth m’a proposé le mot LUCIOLES. C’est ainsi que nos échanges les plus constructifs ont démarré et nous n’avons pas trop dévié depuis.

Elisabeth m’envoie un poème, je le lis à peine, j’y cherche l’émotion, retiens seulement quelques mots évocateurs, n’essaie surtout pas de déchiffrer ses intentions car l’expérience des OISEAUX m’a appris combien sa poésie pouvait aussi m’enfermer. Les mots retenus sont pour moi des guides dans mes travaux mais ne briment en rien ma liberté de faire, au contraire, ils me poussent à me renouveler, à chercher de nouveaux horizons.

L U C I O L E S



Le travail n’avance pas toujours dans cet ordre : je me rends bien compte que mes œuvres influencent aussi Paule Elisabeth. Par exemple, voici ce qu’elle a écrit après avoir vu cette œuvre textile :

Puis tu allumes une bougie 

Quand le doigt se mêle à la cendre 

Bougie d’anniversaire sans doute 

Plus tard 

Tu le diras 

Quelques bougies tressées 

Cousu dessus cousu dessous 

Cousu les deux Entre les deux 

Le lien 

Faux cieux d’une parole admise 

Nocturnes de ces nuits 

Où dorment les cocons 

Cousus dessus cousus dessous 

Cousus entre les deux 

Au réveil il n’était plus midi 

Personne 

Sans un pleur d’innocence 

N’avait pu ajouter 

Rien que de très futile. 

Dans l’horizon habile 

Aux raisons inquiétantes 

Une aube évaporée 

Se trame entre les mots 

Cousues dessus cousues dessous 

Elles cherchent un hiver 

Les bêtes inaperçues. 

( L U C I O L E S )

PÊCHERIES

Après LUCIOLES, j’ai proposé PECHERIES en 2013. 

J’ai démarré avant elle, elle a eu du mal à faire remonter en elle des souvenirs douloureux de son enfance à Monaco. Après 6 mois, elle s’est mise à écrire plusieurs poèmes presque d’une traite. 

J’y ai trouvé un ordre (et elle m’a laissé faire !) 

Comme une évidence pour moi, ses poèmes tournaient autour de la mort de son chien Garibaldi, noyé au large par son père, pêcheur à Monaco. Elle décrit d’abord des lieux comme la plage ou sa cuisine, elle parle de son père, le remaillage des filets, le départ en barque, le moment où le chien est jeté à l’eau (comme un souffle : « la barque a vacillé »), le pardon enfin. 

De mon côté, mon enfance aussi au Port du Légué (ST Brieuc) mes parents avaient un magasin d’accastillage et d’électronique marine, j’y allais très souvent avec mes sœurs, y jouais sur les tas de sable, respirais l’odeur de la vase et de la marée, ramassais des trésors de cailloux et bouts de bois que j’oubliais dans mes poches… Nous partions aussi très souvent en voilier, cela m’a apporté une soif de liberté et d’horizon, un besoin vital de lumière. Tout ceci m’a amenée en 4 ans à une importante production protéiforme : photos, peintures et dessins, sculptures, suspensions et installations textiles, installations d’hameçons, installations d’origami…

RECUEILS DE POESIES

3 recueils sont édités à ce jour.

Ils contiennent les poèmes de Paule-Elisabeth Oddéro bien entendu (impression laser) et également des impressions sur calque ou papier de mes photographies ou encore des dessins ou peintures sur papier uniques. 

La couverture est imprimée sur papier toilé et le tout est cousu à la main.

 

Ruth a posé sa faux

Dans l’exact printemps

D’une meule affaiblie

Corneille d’un instant

Mantelée qui sautille

Dans tes hivers dortoirs

Oiseau oiseau que diras-tu de nous

Et de nos pas sur l’herbe ?

Amours d’un soir

Laisse les donc où elles ont
Apprends la géographie
Dit le père
Quels mots étranges
Quand sur la mare du jardin
S’est posée
Sur ta main
Cette lumière clignotante
Fragile 
Si fragile
Aucun mot ne pouvait advenir
Le souffle même de ta présence
Aurait signé la fin
Et après
Tous les mots
Et plus rien comme avant
Car sur tes yeux d’enfant
Sept ans huit ans
La lumière a changé
Pour toujours

Pêcheries

 

Cuisine étroite  à l’ombre de la cathédrale

Remaille tes filets

Mon père

 

Au 2 rue de l’église

Déjà malgré les livres dorés dans leur placard

Tu sais

 

Que la foudre est tombée

Son souffle a fait trembler le grand lion

Immobile

 

Remaille tes filets

 

Bientôt tes mains ne sauront plus

Dire l’aube au grand soir

 

De la marée absente

 

S’en est allé mon père

Dans l’absolu silence

De cette pêche au lamparo

Les livrets sont auto édités et vendus au prix de 30€ au profit de l’auteure.

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