Du 17 au 31 octobre 2026, la galerie Catherine Mainguy invite Nathalie Leverger pour l’exposition NoMade, une exploration visuelle et tactile des territoires parcourus par l’artiste.
Au cœur de sa démarche réside une quête incessante de la transcription d’émotions vives, capturées au fil de ses voyages et de son observation du monde. Loin d’une représentation fidèle, ses œuvres sont des constructions par strates, où couleurs, matières, récits et sensations se superposent pour créer une émotion encore palpable. L’artiste s’initie avec curiosité aux savoir-faire traditionnels (crochet, verre soufflé, broderie, couture sur papier) non pour les maîtriser académiquement, mais pour en subvertir les codes et accueillir l’accident créatif. Les bourrages de machine, fils cassés et perforations brutales deviennent alors les stigmates d’une liberté assumée, où le hasard est un moteur puissant.
Vous êtes cordialement invité.e.s. au vernissage de cette exposition samedi 17 octobre à partir de 18H. en présence de l’artiste.
REGARD CRITIQUE
NoMade
Dès le titre de cette exposition, Nathalie Leverger opère un glissement de sens. NoMade dit le nomadisme, les voyages, les paysages traversés, mais il laisse aussi entendre le « non fait », l’inachevé, la place laissée à l’accident. Entre ces deux sens, un espace d’incertitude apparaît, c’est précisément ici que se déploie toute la démarche de l’artiste.
Depuis plusieurs décennies, Nathalie Leverger prélève des fragments du réel. Une ligne d’horizon, la structure d’une nasse, la découpe d’une falaise, le bleu changeant de la mer ou la trame d’un filet deviennent les points de départ d’un travail de transformation. À l’atelier, les souvenirs ne sont pas reproduits, ils sont réinventés : ils glissent d’un médium à l’autre, changent d’échelle, de matière ou de temporalité. Une peinture ancienne réapparaît sous la forme d’une couture. Des dessins dialoguent avec des livres d’artiste, des sculptures ou des assemblages textiles. Les œuvres se prolongent plus qu’elles ne se succèdent.
Le fil traverse l’ensemble de l’exposition. Fil de couture, bien sûr, qui dessine autant qu’il assemble ou qu’il relie, mais aussi fil conducteur permettant de parcourir, accrochées à cette main courante omniprésente mais discrète, les recherches menées sur plusieurs années. En détournant les usages de la machine à coudre, Nathalie Leverger accepte les ruptures du geste: les fils cassés, les perforations, les décalages deviennent partie intégrante de la composition. L’œuvre se construit dans cet équilibre fragile entre maîtrise et imprévu : ni fait ni à faire.
À l’image de ce fil discontinu, NoMade ne raconte pas une évolution linéaire : l’exposition donne plutôt à voir une pratique en mouvement, faite de reprises, de déplacements et d’échos. Les paysages y apparaissent moins comme des lieux que comme des expériences persistantes, dont les formes continuent longtemps de circuler d’une œuvre à l’autre.
Leïla Couradin
Commissaire d’exposition membre de C-e-a.
Critique d’art indépendante membre de l’Aica France.
ŒUVRES PRESENTEES (sélection)
Colorfields/ depuis 2026
Assemblages de papiers pigmentés
180x180cm
En écho au courant Color Field des années 1950, qui cherchait à faire de la couleur un espace d’immersion plutôt qu’une forme à regarder, l’artiste plonge des feuilles de papier dans des bains de pigments, laissant la fibre, la température de l’eau et le temps d’immersion composer librement avec le hasard. De ce processus naissent des surfaces jamais identiques, aux bords bruts et aux stries où la couleur (ici dominée par les bleus, nuit, cobalt, indigo) s’accumule sans jamais être lissée. Dans cette matière brute affleurent des images : un paysage traversé, une lumière particulière, un visage croisé en chemin. Le nomadisme n’est pas dans le geste lui-même, mais dans ce qu’il ramène avec lui : des fragments de tout ce qui a été vu et vécu en chemin.
C’est l’immersion qui compte.
200 jours d’eau, 2025-2026.
Coutures machine sur papier
À 200 reprises, l’artiste a dessiné à la machine à coudre une même ligne d’horizon marin, déclinant ses états infinis (flux, houle, ressac, écume) comme un journal de mer où chaque pièce note les variations du grain, du scintillement ou du souffle du vent.
Le fil remplace le trait et le papier, support fragile, se troue et se plisse sous l’aiguille, gardant la trace d’un geste répété, presque rituel. La série forme une constellation, un abécédaire visuel des humeurs de la mer : le spectateur est invité à ralentir et à retrouver la sensation physique d’un lieu vécu plutôt que représenté.
Nasse aux nacres, 2014.
1600 boutons noués au fil de jute 200x60cm
Cet assemblage évoque l’héritage maternel et la richesse des souvenirs d’enfance. L’alliance des matières crée une texture singulièreère, écho poétique aux filets de pêche et aux trésors marins.
Les boutons de nacre, noués un à un au fil de jute, habillent sa structure comme autant d’écailles précieuses. La lumière glisse sur leur surface irisée aux reflets d’argent, de bleu, de brun, tandis que les fibres brutes s’échappent en longues mèches organiques jusqu’au sol.
La nasse se métamorphose alors en parure.
Informations pratiques
Galerie C. Mainguy — 130 Montée de la Grande Côte, 69001 Lyon
Parking Terreaux
Du 17 au 31 octobre 2026
Entrée libre : en semaine 12h30–18h00, dimanches 15h00–18h00
Vernissage : samedi 17 octobre à 18h
Contact : 06 10 32 10 24

