Depuis vingt ans, je compose une transcription des paysages que je traverse. Ces lieux persistent en moi comme forces sensorielles — détails, traits, matières, gestes, sons — plutôt que comme panoramas.En conséquence, mes productions ne décrivent pas un territoire à proprement parlé, elles en montrent des indices: traces, vides, couleurs, condensations, gestes, tensions, accumulations.
Pour cela, j’utilise différentes pratiques et en déplace les usages. Ainsi le fil érige des immeubles (Architectures & Signes, en cours) , le verre soufflé se balance tel un champ de fleurs(Jardins Secrets, depuis 2022),le crochet répare (Pêcheries et Ramende tes filets mon père, 2011/2021), les origami comptent les morts des migrants en Méditerranée ( Je me plie au vent de cette histoire, 2014/2017) …
Chaque pratique laisse une part très importante au hasard et aux erreurs — froissements, décalages, griffures, accrocs, fragilités.Je cultive délibérément des espaces de surprise, laissant aux matériaux, aux techniques, au contexte, la possibilité d’intervenir dans le processus créatif.La matière n’est en effet pas pour moi un simple support : elle agit, oriente, suggère, répond à mes gestes, et fait naître des agencements imprévus. Elle fait sens autant sinon plus que la représentation.
Mon travail questionne ainsi les frontières entre le réel et sa représentation. J’invite à regarder autrement un paysage qui travaille, se défait et se recompose au fil des gestes et des hasards.