Nathalie Leverger
Portrait, par Leila Couradin
Nathalie Leverger – Portrait Novembre 2025
Nathalie Leverger tient un carnet de voyage. Sa pratique artistique polymorphe raconte depuis plusieurs décennies les paysages qu’elle parcourt et les personnes qu’elle rencontre. L’expérience sensible constitue la toile de fond de son œuvre : chaque lieu traversé devient un terrain d’observation, de collecte, d’attention au vivant. Construites par strates de sensations, de couleurs, de matières ou encore de récits, ses créations ne cherchent pas la représentation fidèle, mais plutôt la transcription d’une émotion encore vivace.
Exploratrice des formes et des savoir-faire, l’artiste développe une recherche guidée par l’expérimentation. À chaque nouveau territoire d’elle arpente, elle s’initie à des techniques traditionnelles comme le crochet, le verre soufflé, la peinture, la broderie ou le collage. Elle ne se spécialise pourtant jamais: fascinée par les accidents et les imprévus, elle se délecte des erreurs qui insufflent sans cesse de réjouissantes surprises dans ses pièces.
Depuis quelques années, suivant le fil de pionnières du tissage contemporain comme Anni Albers ou Hessie, elle utilise la couture sur papier, principalement à la machine à coudre, pour dessiner à l’aide de trames de coton sur différentes qualités de papier. « Les points, perforations et superpositions composent des plans, des ferraillages imaginaires, des courbes structurelles ». Ici encore, c’est en contorsionnant une technique artisanale, en l’utilisant à contresens, faisant fi des « règles de l’art », qu’elle devient paradoxalement experte en bourrages de machine, en fils cassés, en nœuds brouillons ou en perforations brutales. Cette méthode, qui met en tension aléa et maîtrise, affirme la place du hasard comme véritable moteur de création pour Nathalie Leverger.
La liberté qu’elle s’octroie participe d’une esthétique de la dérive ou de l’errance, une poésie de terrain. Dans Improbables Jardins, elle prélève les traces résiduelles de son travail de peinture — taches, dépôts de pigments, fantômes de gestes — pour en faire le sujet de nouvelles séries d’œuvres. Elle rehausse ces formes émergentes à l’huile ou aux crayons, jusqu’à faire apparaître des motifs végétaux.
S’éloignant du principe de mimesis, elle s’attache à traduire plus qu’a reproduire. Une prairie traversée peut devenir grappes de verre suspendu ; un jardin observé à l’aube se métamorphose en taches de couleur ; les coques de bateaux inspirent des broderies sur bidons. Les paysages ne sont pas seulement motifs : ils sont matériaux de pensée. L’artiste prélève, transforme, transpose.
Elle photographie pour mémoire, puis réinvente. Les œuvres se nourrissent les unes des autres, se répondent, se contredisent, ouvrent des dialogues ou des débats entre dessins, installations et sculptures. De série en série, se tisse une cartographie intime où l’observation méticuleuse du monde laisse place à la traduction de l’imaginaire.
La mer est un paysage intime et fondateur : celui de son enfance au rythme des marées. Dans la série Ramende tes filets, mon père, le port devient un atelier à ciel ouvert : nasses, cordages, casiers et pare-battages nourrissent peintures, coutures, crochets et assemblages où la matière se tend comme un filet.
Ramender — réparer — devient une démarche de transmission et de soin. Lors d’un séjour hivernal à Ouessant en 2018, elle observe avec fascination une nature hostile : falaises découpées, cris de mouettes et végétation battue par le vent. De retour à l’atelier, elle cherche à retenir ce souffle dans de grands formats où les horizons tendus, les aplats tramés et les lignes expressives racontent son expérience de l’île.
Toujours en mouvement, Nathalie Leverger développe une pratique artistique narrative qui passe davantage par la suggestion que par l’illustration, enrichie par ses lectures, ses voyages et ses conversations. Les spectateurs et spectatrices sont invité·e·s à entrer dans ces paysages déployés comme on feuillette un carnet : page après page.
Leila Couradin. Commissaire d’exposition @ceacommissaires. Critique d’art indépendante @aicafrance
Biographie
Nathalie Leverger est originaire de Bretagne, une région qui a forgé sa sensibilité entre voyages en mer et traditions familiales des techniques textiles. Diplômée d’Audencia, elle opère un tournant décisif en 2003, abandonnant son parcours initial pour se consacrer pleinement à la peinture. En 2007, Xavier Carrere, maître-verrier devient son premier galeriste (2007/2011), puis elle participe à des salons d’art à Marseille, Metz ou Le Mans, qui lui ouvrent les portes de plusieurs galeries en France, notamment la Galerie du Lézard à Aix en Provence et la BJ Art Gallery à Paris. Cette même année, sa rencontre avec la poète Paule-Elisabeth Oddero devient déterminante. Leur collaboration régulière permet la naissance de 3 recueils et plusieurs livres objets et élargit sa recherche artistique aux volumes papiers et textiles. En 2013 et 2014, ses expositions personnelles la font voyager en Inde, Dubaï et Sao Paulo, nourrissant son inspiration. A partir de 2015, elle investit des lieux plus institutionnels, avec des installations mêlant papier et textile (« Poètes vos papiers » Musée du papier Laarkirchen, Autriche, 2016 ou encore La Casa del Cable, Javea, Espagne, 2018) Depuis 2017, elle est représentée à Paris par la galerie Isabelle Laverny. En 2018, un premier séjour de recherche-création l’amène à Ouessant. Suivront une itinérance en Grèce sur les traces d’Albert Camus (commande publique 2021) puis à Jarrier en Savoie (2023). Elle déménage à Lyon en 2018, investit tour à tour différents ateliers, se fixe dans un lieu intime près de l’ïle Barbe. Un nouveau paysage s’offre à elle au quotidien et la pousse à se concentrer sur les fleurs et la nature, donnant naissance à la série JARDINS SECRETS, où elle expérimente de nouveaux médiums comme le verre soufflé ou la vidéo. En 2025, son atelier déménage au centre de Lyon , naturellement ses oeuvres s’élargissent à l’architecture et aux signes urbains.
Démarche artistique
Le travail de Nathalie Leverger s’inscrit dans une approche contemplative et jubilatoire du paysage, où chaque élément du monde qui l’entoure devient sujet d’exploration. Pour elle le paysage ne se limite pas à la nature; il englobe également la vie humaine, l’architecture et les interactions entre l’homme et son environnement.
Sa pratique artistique est guidée par une quête de liberté et de curiosité, nourrie par ses voyages personnels et ses résidences artistiques. L’artiste se passionne pour les détails, s’attardant sur les textures, les couleurs et les accumulations.
Elle catégorise cette approche en 3 grands sujets d’exploration, eux mêmes subdivisés en différents projets développés sur des temps plus ou moins longs:
TERRES ou territoires sensibles , exploration de son rapport au jardin, à la nature, aux chemins, à l’architecture etc… JARDINS SECRETS (depuis 2022), L’HERBE EST PLUS VERTE (2020-2021), CHEMINS DE TRAVERSE (2018-2019), NUBICOLA (2017), UN ARBRE ET IL SE MULTIFLUIE (2015-2016), LES OISEAUX (2011, puis 2015), ON THE ROAD (2008-2015), AU JARDIN (2006)
EAUX : qui évoque son rapport aux fleuves ou à la mer, aux ports de pêches, aux nasses, aux bateaux… NOIRBLEU (2020-2022), RAMENDE TES FILETS MON PERE (2021), OUESSANT (2018-2022), EQUINOXE (2014-2016), NASSES ET FILETS DU MONDE (2014-2018), NASSE AUX NACRES (2016), PECHERIES (2014-2017), CARGOS (2007-2008)
et enfin HUMANITES qui regroupe ses récits de voyages et ses travaux sur la condition humaine : L’ENVERS DU DECOR (2025) NAMIBIE (2024), RAJASTHAN (2022) et LA NUIT DES PRINCESSES AUX PIEDS NUS (2013), JE TU IL EMBARQUE SUR LA MARGE (2015-2017), JE ME PLIE AU VENT DE CETTE HISTOIRE ( 2014-2017), LUCIOLES ( 2012-2014), L’APPARTEMENT ( 009-2010), A BEAUTIFUL LIFE (2008-2015), UN OISEAU,UNE CAGE (2010), LA COUR D’ECOLE (2006-2009)
Elle travaille également sur des sujets transversaux qui sont des respirations pour elle (CAMUS et MOI, LIVRES OBJETS pour DELIRES DE LIVRES, collaborations diverses avec d’autres artistes)
Dans son processus créatif, elle multiplie les techniques et les médiums, allant de la peinture à l’huile aux oeuvres textiles ou papier, installations de verres soufflés , photographies, vidéo. La restitution de ses observations se manifeste le plus souvent par des lignes, points, taches ou motifs colorés sur des fonds épurés. Son travail est graphique et poétique, elle cherche un équilibre délicat entre abstraction et figuration.
A l’atelier, elle capture l’émotion de la matière . Elle pratique imparfaitement des techniques artistiques et artisanales en se méfiant de la virtuosité qui ferait perdre tout effet de hasard et en privilégiant toujours le geste créatif par rapport à l’intention de départ. En bousculant les conventions, elle cherche l’erreur car les textures prennent souvent vie à travers les accidents et les hasards.
On pourrait rapprocher cette approche du musicien et performeur John Cage qui considérait que l’artiste ne doit pas domestiquer la musique pour produire une œuvre finie, mais au contraire laisser les sons évoluer de façon autonome, comme dans la nature. Plus récemment , des artistes comme JODI (Joan Heemskerk et Dirk Paesmans) exploitent les erreurs de programmation et des bogues informatiques questionnant ainsi la relation entre art et technologie.
Expositions personnelles
2025 L’Envers du Décor, galerie Maxime Lancien, St Brieuc (+)
2024 Les arts en balade, Clermont-Ferrand (+)
2024 Rencontres D’aubergine, Villeneuve-les-Avignon (+)
2024 Jardins secrets Espace Art Points de vue, Lauzerte (+)
2024 Galerie Catherine Mainguy, Lyon.
2023 Prairies, galerie Isabelle Laverny Paris
Jardins secrets, Pavillon des Arts Chatenay Malabry (+)
2022 Camus et moi, Artothèque Draguignan (+)
NoirBleu Les Essarts, Bram (+)
Mai des Arts, Eglise Brugairolles (+)
Festival du Lin et de la Fibre Artistique, Angiens (+)
2021 Ramende tes filets, mon père, Reviers (+)
2019 Ouessant, Invitée d’honneur au Salon de Garches (+) Poesis, Musée Petiet, Limoux, France (+
2018 Pesqueras, Casa del Cable , Javea, Espagne (+)
Délires de Livres, AM’ARTS, l’Ecu de France, Viroflay.
2017 Pêcheries, Galerie Maison sur Pilotis, Paris
L’été contemporain, MATP, Draguignan
2016 Pêcheries, Salle des Arts, Villennes sur Seine
Poètes, vos papiers ! PapierMuseum, Laarkirchen, Autriche (+)
2015 Pêcheries, galerie Gavart , Paris
Pêcheries, Artistes à Suivre , Granes
Festival Fil et Dentelle, Halle aux Toiles, Alençon
2014 Paysages Voyages, Eye Gallery, Sao Paolo, Brésil
F i l e t s, Galerie Fatma Lootah, Dubaï, UEA (+)
Pêcheries, Galerie Dans la cour des Artistes Wissous
2013 Galerie Le Chantier, Artistes à suivre, Cassaignes
Ancien Institut Français, Chandernagore, Inde
Expositions collectives
2025 Irrésistible Fil, Carré St Cyr Le Vaudreuil (Ateliers Hermès)
Festival Résurgence, Grand Couvent de Gramat (+)
Les arts en balade, Clermont-Ferrand (+)
Biennale R-Cas #8, Perpignan (+)
Broderie des 2 rives, Petite galerie Françoise Besson, Lyon (+)
L’éloignement des étoiles a fait baisser les têtes , Atelier Barbu, Plouezec (+)
2024 Centre C.Claudel, Expo prix du public, Clermont-Ferrand
L’Aiguille en Fête (invitée) Paris EXPO (+)
Abstarctart Wambrechies (+)
2023 Sol’Art Tassin, Centre culturel l’Atrium, Tassin
Fissures, Itinéraires Art Contemporain, Centre Vallès, Paris (+)
2022 Biennale Textiles-Objets, La Manufacture, Roubaix (+)
2021 Du Beau Linge, Collectif Trame de Soi, Lyon, France (+)
2020 Abstract’Art, installations et performances, Warwick-Sud
Arles se livre, galerie La Grande Vitrine, Arles (+)
Regards d’Encre, Limoges et Viroflay
Artextures, Musée de la Chemiserie , Argenton sur Creuse (+)
2019 Artextures, les 10 ans, Itinérant (2 ans), France
Institut Français, Cologne, Allemagne
Musée des Coiffes et des Traditions, Les Ponts-de-Cé (+)
2018 Artextures, les 10 ans, Itinérant (2 ans), France
Délires de Livres – AM’Arts , Viroflay
L’Aiguille en Fête (invitée) Paris EXPO
2017 Nubicola, Espace Dagron, Auneau
Au fil de l’Avre, orangerie St Lubin les Joncherets
Faites des livres, La Tannerie, Houdan
2016 Bleu comme une orange, Auvers sur Oise
Délires de livres, AM’Arts, Rambouillet
AMTM, Cité Internationale des Arts, Paris
2015 Biennale DELIRES DE LIVRES, Chartres
D’Eaux et d’Âmes, Maison Gibert, Lézignan-Corbières
Fibre Sensible, Itinéraires Art Contemporain, Tulle
2014 Art Papier – Ecu de France, Viroflay
Huis Clos, Galerie Charlemagne, Bois Colombes
2013 Délires de Livres, Collégiale St Antoine, Chartres
Musée éphémère d’Art Contemporain, Verrières le Buisson
2012 Biennale papier, Nogent sur Marne
2011 Art9 , St Briac
Les Arts papier , Nantes
Salon d’Automne, Paris
2010 Pul’s Art, Le Mans
